Les Kutamas : Maghrébins qui vont conquérir le Proche-Orient

Qui sont-ils ?

Les Kutamas désignent une confédération tribale de plusieurs groupes  de la région de Jijel, de Constantine, de Annaba, de Sétif et d’une partie du nord des Aurès. Toute cette zone située au Nord Est de l’Algérie actuelle est donc la terre des Kutamas. On les appelle aussi les Hommes du Nord-Constantinois. Toutefois, nous pouvons dire que leur fief historique est la ville de Jijel.

Les Kutamas appartiennent aux Ulhassa, branche Amazigh Zénètes ; les Ulahssa sont présents dans cette zone tout comme dans l’Ouest Algérien dans la région de Aïn Temouchent (1). Avec le temps et les différentes influences une partie des Kutamas de la région de Jijel et de Annaba se sont arabisés, d’autres se sont assimilés aux Sanhadjas Kabyles notamment ceux vivant à proximité de Bejaia, on les appelle d’ailleurs les « Kabyles hadra ». Cependant l’identité Kutama existe toujours selon les endroits.

D’après d’autres historiens venus plusieurs siècles après, les Kutamas seraient liés aux tribus Zwawa de Kabylie. C’est l’avis d’Ibn Khaldoun notamment néanmoins elles viennent en contradiction avec les sources de l’époque. Une chose est sûr ils sont Maghrébins et Imazighen, cela nous suffit.(2)

Depuis l’Antiquité les Kutamas se sont distingués au Maghreb par leur qualité martiale hors norme. Leur tribu sera l’une des plus réfractaire à la présence du puissant Empire Romain en Afrique du Nord ; des insurrections régulières et des guerres éclateront fréquemment entre Rome et les Kutamas, certaines dureront même pendant plusieurs décennies.

Les Kutamas et le mouvement Fatimide (3)

Mais c’est au 10e siècle que les Kutamas vont une nouvelle fois se distinguer ; à cette époque leur région est profondément islamisée contrairement à d’autres régions du Maghreb. Cela est en partie dû à leur proximité avec la ville de Kairouan (en Tunisie actuelle) qui regroupe les plus grands savant musulmans de la région.

Bien que les Kutamas suivent l’islam traditionnel, ils vont être influencés par deux prêcheurs chiites venu d’Orient et d’origine Arabe ; l’un d’eux, Abdallah al Da3i s’étend installés sur leurs terres et après plus d’une décennie de prédication, réussira peu à peu à convertir les Kutamas à sa doctrine totalement hérétique et contraire à l’Islam, notamment en inventant de faux hadith attribués au Prophète paix sur lui et disant que le Mahdi émigrera loin de la Mecque et sera défendu par les meilleurs des hommes dont le nom serait Kutama.

Le mouvement des Fatimides était alors né. Le prêcheur chiite avait avec lui une puissante armée d’Imazighen persuadés qu’il avait été mentionnés par le Saint prophète (paix sur lui) comme étant les meilleurs des hommes.

L’intérêt de cet article est de voir comment l’esprit martial de cette tribu ainsi que sa discipline de fer a pu les mener à conquérir le monde musulman aussi rapidement. Mais en aucun cas, la conversion malheureuse des Kutamas au chiisme et à sa doctrine n’est à prendre en exemple bien au contraire : sur le plan religieux ces derniers avaient tout faux.

La marche vers l’Est

A cette époque, la dernière présence Arabe au Maghreb se situait en Tunisie actuel, avec la dynastie des Aghlabides. Les Kutamas les renversèrent avec à leur tête leur prêcheur Abdallah al Da3i. Le mouvement Fatimide avait pour la première fois son propre Etat et sa capitale : Kairouan. Mais ils décidèrent de marcher vers l’Est et notamment l’Egypte afin d’assoir leur pouvoir.

Combattants redoutables, les Kutamas mobilisèrent plus de 80 000 cavaliers et réussirent à conquérir l’Egypte puis la Palestine et le Liban avant d’achever leur périple par une grande victoire militaire en Syrie, pays qui tomba également sous leur domination.(4)

Bien que la direction politique du mouvement Fatimide fut Arabe avec l’intermédiaire de Abdallah al Da3i, le prêcheur chiite venu d’Orient, les conquêtes et la structure de l’état furent fondamentalement Berbère. Les sources chiites de l’époque qualifient les Kutamas de parti de Dieu, d’héros et autres qualificatifs flatteurs notamment après leurs victoires écrasantes en Orient.

La conquête de la Syrie sera marquante tant la supériorité militaire des cavaliers Amazigh fut grande ; de nombreux poèmes comme ceux de Muqdad ben Hasan al Kutami furent écrit à ce sujet.(5)

Il faut également souligner que les Kutamas ont aussi voulu assoir leur pouvoir sur l’ensemble du Maghreb. En effet, ces derniers ont réussi à conquérir Tiaret, grande ville de l’ouest Algérien puis Sijilmasa, qui était la plus grande ville Marocaine de l’époque.

Conclusion

La conquête de l’Orient durant la période musulmane a été réalisé depuis les montagnes du Maghreb ; l’Ouest du Maghreb fut également conquit par les Kutamas. Durant son apogée, l’Empire Berbère des Fatimides fut colossale. Il s’étendit du Maroc actuel à la Syrie.

Il existe aujourd’hui des descendants de Kutamas partout au Proche-Orient tout comme au Maghreb et notamment dans le Rif.

Il est à noter que la présence chiite au Maghreb fut éradiquée au profit de l’Islam orthodoxe grâce des dynasties Amazigh qui combattront les Fatimides pour ré-imposer le sunisme ; elles se contenteront d’unifier le Maghreb et l’Espagne musulane mais ceci sera l’objet d’un prochain article.

Références :

(1) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_des_Kotama

(2) : Ibn Khaldoun (trad. William Mac Guckin de Slane), Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique Septentrionale, t. 1, Impr. du Gouvernement, 1852

(3) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_des_Kotama

(4) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_des_Kotama

(5) : Al-da’i idris imad al-din, ‘uyun VI page 168

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