REGENCE D’ALGER : LE FAUX MYTHE DE LA COLONISATION OTTOMANE DE L’ALGERIE

PLAN

1- INTRODUCTION
2- L’ALGERIE AU 16E SIECLE
3- LA REGENCE D’ALGER : DE QUOI PARLE T-ON ?
4- LA PERIODE DE L’ETAT AUTONOME D’ALGER SOUS TUTELLE OTTOMANE
5- LA PERIODE DE LA PRISE D’INDEPENDANCE DE L’ETAT D’ALGER
6- LA FIN DE LA REGENCE D’ALGER ET L’INVASION FRANCAISE

 

 

1- INTRODUCTION

Nous verrons à travers cet article quel était le statut du Maghreb Central entre le 16e et le 19e siècle vis à vis de l’Empire Ottoman. Cela permettra de répondre aux fausses affirmations disant que le Maghreb fut colonisé par les Turcs durant trois siècles, chose qui n’est jamais arrivé.

La Régence d’Alger s’inscrira dans un premier temps dans le cadre d’une alliance musulmane entre les Maghrébins d’Alger et les Sultans Ottomans contre les visées expansionnistes Européennes. Cette alliance permettra notamment de vaincre le plus puissant souverain de l’époque, Charles Quint mais une fois établie elle se caractérisera par la tutelle Ottomane et ses forces spéciales présentes sur place joueront un rôle prépondérant dans l’administration de la Régence.

Ensuite cette tutelle va disparaître avec l’arrivée d’un Sultan Algérois qui entreprendra de profondes réformes politiques, faisant de la Régence un véritable Etat indépendant.

2. L’ALGÉRIE AU 16E SIÈCLE

Au 16e siècle les dynasties Amazigh des Zianides à l’Ouest et des Hafsides à l’Est s’affaiblissent du fait de divisions internes. Des cités-Etat indépendants vont même émerger comme Alger, Bejaia, Constantine… (1)

Avec la chute de l’Andalousie musulmane, les Espagnols vont se retrouver renforcés vis à vis de leurs voisins Maghrébins et y lancer plusieurs raids ; à cette époque l’Espagne et le Portugal sont les principales puissances du monde et sont en train de conquérir d’immenses territoires sur le continent  Américain.

Au Maghreb, ces derniers vont lancer plusieurs croisades et prendront des ports maritimes stratégiques ce qui pénalisera l’économie locale. Les populations Maghrébines exprimeront leur mécontentement face à la faiblesse et l’inaction de leurs souverains respectifs.

Les responsables religieux en accord avec l’aristocratie marchande Algéroise, vont faire appel aux frères Barberousse pour contrer la marine Espagnole afin de trouver une issue face à ces incursions (2)(3).

Qui sont les frères Barberousse ?

Originaires de Grèce (et non de Turquie), les trois frères parcourent la Méditerranée pour aider les populations musulmanes victimes de la Reconquista Espagnole (4). C’est l’aîné Kheirdine, qui avec une armée composée de Berbères et de soldats Ottomans recrutés par ses équipes, va reprendre Alger ainsi que plusieurs villes du littoral Algérien. Les Espagnols seront écrasés à chaque tentative de reprise (5)(6). Kheirdine entrera à Alger acclamé par la foule comme un héros (6).

Toutefois les victoires de Kheirdine sont fragiles à cause des retournements d’alliances incessants dans la région. En effet, peu de temps après ses victoires contre l’Espagne il subira deux défaites : une par ses anciens alliés Kabyles du royaume de Koukou désormais avec les Hafsides de Tunis et une par les Zianides de l’Ouest Algérien, hostiles dès le départ à la Régence d’Alger et s’étend alliés aux Espagnols (40).

En 1519 une assemblée composée de notables Algérois et d’Oulémas charge une délégation de soumettre au Sultan Ottoman une proposition de rattachement d’Alger et sa province à l’Empire Ottoman (7).

C’est alors que débute la régence d’Alger qui sera considérée comme un État autonome dès son commencement et non comme une province Ottomane contrairement à la Libye qui marque la frontière de l’Empire (7)(8).

3- LA REGENCE D’ALGER : DE QUOI PARLE T-ON ?

3.1- L’histoire de la régence d’Alger s’organise en deux grandes périodes

a) un Etat autonome sous tutelle Ottomane (1521-1710) soit 189 ans.
b) un Etat indépendant se dégageant totalement de l’autorité de l’Empire Ottoman (1710-1830) soit 120 ans.

Ce qu’il faut retenir de cette période :
En aucun cas, il ne s’agira d’une colonie et d’une conquête Ottomane. Il s’agit là d’un mythe que les sources Ottomanes et Européennes de l’époque contredisent. Nous y reviendront en détail mais précisons dès à présent que les provinces Ottomanes de l’Empire s’arrêtent en Lybie de l’avis même de ces sources.

Toutefois cette première période de la Régence sera clairement marquée par la tutelle de Constantinople que nous détailleront dans cet article.

Ensuite la deuxième période de la Régence, se manifeste par sa prise d’indépendance. Alger ira même jusqu’à attaquer des territoires sous tutelle Ottomane et leur fera payer un tribut (9), comme le prouve les guerres algéro-tunisiennes de 1735 (32).

Cette période d’indépendance sera aussi marquée par de nombreux conflits entre Alger et les puissances Européennes où les traités de paix qui en découleront seront signés uniquement avec le Sultan d’Alger désigné par l’appellation « Soultan el-Djezair », reconnu par l’ensemble des consuls Européens comme le souverain légitime et indépendant avec qui traiter (12).

3.2- Sur quel territoire l’autorité de la régence d’Alger s’exerçait ?

Dans notre article nous parlons bien de Régence d’Alger ou de l’Etat d’Alger afin de ne pas tromper le lecteur sur sa taille qui émane d’une expansion des Algérois sur d’autres régions de l’Algérie actuelle.

Les historiens considèrent que deux tiers de la population de l’Algérie actuelle n’était pas sous le contrôle de la régence d’Alger (26) (27) (28). Selon ces derniers, la Régence d’Alger ne couvrira qu’un sixième de l’Algérie actuelle (moins de 20%), le reste étant totalement indépendant (27). D’autres l’estiment à 30% du territoire Algérien actuel avec des territoires indépendant mais alliés de la Régence (28).
La Régence ayant peu de soldats à disposition, son autorité n’est effective que dans quelques villes comme Alger, Bejaia, Constantine, Mascara…(27)

Louis Rinn, officier Français  du service central des affaires indigènes lors de la conquête de l’Algérie, a synthétisé dans ses travaux le nombre important de principautés et tribus indépendantes vis-à-vis de la Régence. Ces travaux ont aussi été analysés et commentés par l’anthropologue Algérien Mahfoud Benoune (29). Cette indépendance des nombreuses tribus se caractérise par le fait qu’elles ne payaient aucun impôt à la Régence et se géraient de façon autonome (31).

4- LA PERIODE DE L’ETAT AUTONOME D’ALGER SOUS TUTELLE OTTOMANE

4.1- Des premières années instables et des retournements d’alliances.

L’arrivée des frères Barberousse se fera avec l’appui des forces Berbères du Maghreb central de l’époque et notamment les tribus Kabyles soucieuses de reprendre leurs territoires perdus comme la ville de Bejaia. Leur but : repousser par tous les moyens l’emprise de l’Espagne qu’il n’arrive plus à contrer. Les frères Barberousse reprendront Alger et Bejaia sera aussi libérée mais directement rattachée à la Régence d’Alger.

Les tribus Kabyles et les troupes de Kheirdine réussiront aussi à libérer des ports de l’Ouest Algérien détenus par les Espagnols et profiteront de l’occasion pour conquérir des territoires appartenant aux Hafsides à l’Est et aux Zianides à l’Ouest (19).

Toutefois les Kabyles  retourneront ensuite cette alliance pour s’allier avec les Hafsides de Tunis.
Kheirdine Barberousse est d’ailleurs vaincu par une armée Hafside et Kabyle en 1519 et perd Alger durant 7 ans, lors de la bataille des Issers (30). Au même moment les Zianides aidés par les Espagnols infligeront une lourde défaite à Kheirdine (40).

Kheirdine se repliera sur Jijel avant de vaincre ses anciens alliés et de reprendre Alger grâce à un nouveau retournement d’alliance de ces mêmes tribus appuyées par des éléments venus de Constantine (30).

Les retournements d’alliances concerneront aussi les provinces Hafsides où Constantine et Annaba se détacheront de l’autorité de Tunis pour former des cités-Etats avant d’être prise par Kheirdine.

Cela montre que l’implantation de ce dernier c’est réalisée dès le départ par un jeu d’alliances avec les tribus locales d’abord contre les Espagnols puis ensuite contre ces mêmes tribus.

La dynastie Hafside agonisant va même s’allier un temps avec l’Espagne pour repousser les envies d’expansion de Kheirdine et de ses alliés Berbères. Les Ottomans viendront en aide à Kheirdine et aux Berbères et les Hafsides perdront Tunis (21).

L’Ouest Algérien et sa dynastie des Zianides étaient elles aussi morcelée par différentes tribus Berbères profitant de sa faiblesse. Le sultan de Tlemcen qui s’était dans un premier temps opposé à Kheirdine et ses alliés va ensuite les rejoindre pour lutter contre l’Espagne qui souhaitait s’implanter sur son territoire  depuis sa base d’Oran (22). En 1150 et face à la menace Espagnole et à la faiblesse de l’Etat Zianide, Kheirdine et ses alliées rattacheront Tlemcen à la Régence d’Alger ainsi que Fès.

Les Saadiens du Maroc actuel reprendront Fès et leur roi Mohamed Cheikh tentera de s’allier avec les Espagnols d’Oran (dernière possession Espagnole en Algérie avec Mers el Kebir) contre la Régence d’Alger ce qui suscitera l’hostilité des dignitaires religieux Saadiens (23). Mohamed Cheikh sera d’ailleurs assassiné pour cette raison. Plusieurs conflits éclateront entre Alger et les Saadiens pour le contrôle de la région allant du fleuve Moulouya (Est du Maroc) à Tlemcen (41)(42)(43).
Il faut préciser que cette recherche d’alliance avec l’Espagne concernera aussi bien les Berbères Zianides de Tlemcen que les Kabyles lors de leurs révoltes respectives contre la Régence d’Alger.

C’est cette instabilité générale qui entraînera la demande Algéroise de rattachement avec l’Empire Ottoman.

Une fois établie la Régence d’Alger devra tout de même composer avec plusieurs petits « Etats » indépendants du Maghreb Central dont les plus significatifs sont : le royaume de Koukou et des Ait Abbas sur une partie de la Kabylie et du centre du pays, le Sultanat des Ait Merine originaires des Aurès et qui s’implantera sur un territoire plus vaste débordant sur le Sahara et le territoire de Ouled Sidi Cheikh dans l’Ouest Algérien qui au gré de ses intérêts sera tantôt allié tantôt adversaire de la Régence. Le Sud Algérien tenu par différentes tribus Touaregs échappera totalement à la Régence d’Alger tout comme certaines régions montagneuses de l’Atlas.

4.2- l’Organisation de l’Etat autonome d’Alger

Comme nous l’avions mentionné précédemment, cette première période de la Régence d’Alger est clairement marquée par la tutelle Ottomane qui se manifestera de façon indirecte mais bien réelle.

Tout d’abord la régence d’Alger est gouvernée par des Beylerbeys (1529-1587) et  par des Pachas (1588-1659), désignés directement par les Ottomans.

Ensuite ces dirigeants doivent composer avec l’Odjack, qui est la milice des forces spéciales de l’armée Ottomane que l’on appelle les « Janissaires ». Ces derniers vont jouer un rôle capital dans cette période car ils n’hésiteront pas à destituer par la force les dirigeants qui ne leur conviennent pas et à en placer d’autres.

Les janissaires sont des soldats d’élites de l’Empire Ottomans, principalement issus des Balkans. A Alger ils vivent en autarcie et sont détestés de la population locale vu leurs méthodes brutales et la loi qu’ils bafouent à leur guise. Ils sont les véritables chefs de la Régence d’Alger durant cette première période.

La troisième force est représentée par les notables locaux Algérois et les représentants du clergé qui participent aux affaires du gouvernement (24) et sont membres de l’exécutif.

Enfin, la quatrième force qui régit la Régence d’Alger sont les corsaires (Taifa des Raïs), autrement dit les chefs des flottes maritimes de la Régence. Bien que les marins soient issus de la Régence, celle-ci fera souvent appelle à des commandants expérimentés venus d’Europe et donc non musulmans pour mener ses flottes.

L’Etat autonome d’Alger reposera donc sur ces quatre entités lors de sa période où elle sera liée à Constantinople.

Cependant un premier changement dans l’organisation de l’Etat va intervenir à partir de 1671 avec la nomination d’un nouveau chef de la Régence qui sera choisi directement par les corsaires Algérois et dont le titre sera « Dey » : il s’agira du Dey Hadj Mohamed. Cette nomination va marquer le début de l’affaiblissement du pouvoir des janissaires dans l’exécutif mais leur influence restera encore présente car entre 1695 et 1710 ils parviendront à renverser des Dey en les assassinant.

Un tournant décisif interviendra ensuite en 1710 avec l’élection du 11e Dey d’Alger : Ali Chaouch. C’est avec lui que va commencer la deuxième partie de la Régence d’Alger qui deviendra indépendante de la tutelle Ottomane et où la force de frappe des janissaires sera très fortement affaiblie.

4.3- Les guerres menées par la Régence d’Alger durant la période de tutelle Ottomane

Plusieurs conflits auront lieu entre Alger les puissances Européennes. Les plus significatifs sont les guerres Hispano-Algéroises contre l’Empire Espagnol et ses différents souverains qui se solderont par des victoires Algéroises et les reprises de villes côtières stratégiques comme Bejaia en 1555 où le chef Kabyle Salah Raïs mènera la bataille avec la Régence d’Alger. (37)(38)

Des victoires contre le Royaume de France seront aussi à mettre à l’actif de la Régence d’Alger et des tribus locales. En effet, en 1664, une victoire Algéroise décisive permet de repousser un assaut Français à Djidjelli. Cette victoire sera possible par le renfort de tribus issues de la Région de Constantine ainsi que des Beni Abbes et celles de Koukou (tribus Kabyles), alliés des troupes Algéroises et aidées par les Ottoman (36).

Pour les Espagnols, leur plus grande défaite aura lieu dans l’Ouest Algérien sur lequel ils souhaitaient s’implanter. Alors que les villes d’Oran et de Mars-el-Kébir étaient toujours sous leur domination, l’Empire Espagnol lança une grande opération en 1558 pour prendre Mostaganem.

Ils commencèrent le siège de la ville mais des renforts de milliers de combattants issus des tribus de l’Oranie (principalement Mostaganem, Reliziane et Mascara) encerclèrent à leur tour les Espagnols qui tentèrent de fuir vers Mazagran.

Des milliers d’entre eux seront tués dont le gouverneur Espagnol d’Oran qui participait à la bataille ; on dénombre aussi 6000 prisonniers Espagnols. La Régence d’Alger enverra aussi des renforts pour appuyer les tribus locales. Les Espagnols qualifieront cette bataille de «désastre de Mazagran» et cesseront leur tentative de colonisation de l’Oranie. (33)(34)(35)

Tous ces faits d’armes montrent bien que la Régence d’Alger s’appuyait dès le départ sur les autochtones afin de repousser les attaques Européennes ou leur envoyait des renforts lorsque ces derniers étaient impliqués.

5- LA PERIODE DE LA PRISE D’INDEPENDANCE L’ETAT D’ALGER

5.1- L’année 1710 : l’indépendance de la Régence d’Alger

L’indépendance sera le fruit d’un homme : Ali Chaouch, 11e Dey d’Alger qui sera élu par une assemblée de corsaires, les Taïfas des Raïs.

Lors de sa prise de pouvoir il va décimer les janissaires et en exécuter plus de 1000 dans ses premiers jours de fonction. Il va réformer les institutions politiques de la régence afin de réduire le poids de ces mêmes janissaires dans la gestion des affaires courantes.

En effet, les dirigeants devaient auparavant faire valider leurs grandes décisions par une assemblée constituante appelée le « diwan » de 700 membres composées de corsaires, de religieux, de notables Algérois et surtout de janissaires dont le poids était prépondérant (44). L’affirmation du pouvoir des nouveaux Dey se fera au détriment du diwan qui ne sera plus consulter pour les prises de décisions (44) ; un nouveau diwan se mettra progressivement en place entre le Dey et ses hauts fonctionnaires qu’il désignera lui-même (44).

Cette politique hostile vis-à-vis des janissaires sera accentuée par le 17e Dey d’Alger Mohamed ibn Bekir.

Ensuite, Ali Chaouch va refuser la tutelle Ottomane qui se matérialisait à l’époque par l’envoi du conseiller de Constantinople chargé de surveiller la gestion de la Régence par les dirigeants locaux. Il informera également le Sultan Ottoman de ses intentions et de son refus de toute ingérence dans la gestion de son gouvernement.

Le Pacha envoyé par Constantinople sera d’ailleurs expulsé d’Alger (10)(11).
Sa prise de pouvoir marque le fait que le gouvernement d’Alger s’appuiera de plus en plus sur l’aristocratie arabo-berbère du pays et la minorité turco-ottomane subira une perte d’influence  progressive (25). Après Ali Chaouch, aucun Dey ne sera mis en place par les janissaires ou nommé par les Ottomans. Entre 1710 et 1830 les janissaires parviendront tout de même à assassiner deux Dey (sur les dix-sept) sans pour autant réussir à reprendre le contrôle des institutions politique de la Régence comme ce fut le cas auparavant.

Ali Chaouch réussira en peu de temps à structurer son propre Etat, ses frontières et ses propres  institutions. Il est alors vu par les consuls Européens comme un souverain allié des Ottomans et non plus comme un vassal vis-à-vis de ces derniers. L’État Algérois prend alors la forme d’une république militaire, administrée selon la primauté de ses intérêts propres (11)(12).

Malgré quelques périodes de troubles qui suivront, ce fonctionnement perdurera jusqu’en 1830 et l’invasion française.

5.2- Mohamed Ben Othman ou l’apogée de l’Etat indépendant d’Alger

Il est le chef Algérois qui a le plus longtemps régné sur l’Etat indépendant d’Alger : 25 ans.

Durant son règne la puissance de l’Etat d’Alger va atteindre son sommet : toutes les nations Occidentales lui payaient un tribut pour pouvoir commercer en Méditerranée : Angleterre, Etats-Unis, Sicile, Danemark, Espagne… (14).

En 1770 Mohamed Ben Othman déclare la guerre au royaume de Danemark-Norvège qui se solde par une victoire Algéroise. En 1772 il repoussera victorieusement une attaque Danoise (15).

En 1775 le puissant Empire d’Espagne alors maître de la moitié du continent américain lance l’opération « Limpieza del Mar » pour mettre fin à l’hégémonie des Algérois. Ils lanceront une armada sur le Maghreb central et seront défaits par l’armée d’Alger (17) ce qui poussera les Espagnols à demander la paix.

Mohamed Ben Othman alors en position de force et ne voulant pas se priver de butins de guerres futurs va exiger au Roi d’Espagne d’aller d’abord négocier la paix avec son allié, l’empire Ottoman avant de venir le voir. Le sultan Ottoman refusera considérant qu’il n’a aucun lien entre l’Etat d’Alger indépendant et l’Espagne, dans ce conflit.

Cette indépendance de la Régence d’Alger reconnue par le sultan Ottoman est consultable dans le document « RELATIONS ENTRE ALGER ET CONSTANTINOPLE SOUS LA GOUVERNEMENT DU DEY MOHAMMED BEN OTHMANE PACHA » de Ismet Terki Hassan consultable en ligne ici :

http://docplayer.fr/10763014-Relations-entre-alger-et-constantinople-sous-la-gouvernement-du-dey-mohammed-ben-othmane-pacha-1766-1791-selon-les-sources-espagnoles.html

Les Espagnols vont alors redéclarer la guerre à Alger mais sans succès. Ils seront contraints de négocier la paix avec Mohamed Ben Othman qui imposera au Roi d’Espagne Charles III, un tribut d’1 million de pesos (18). Il s’agira de la pire humiliation imposée à l’Espagne durant ses années de gloires et elle sera le fait de l’Etat indépendant d’Alger (18).

C’est d’ailleurs le Dey Ben Othmane via un de ses lieutenant, Mohamed el Kebir, qui en 1790 et malgré le traité de paix avec l’Espagne va envoyer 50 000 hommes pour assiéger les deux dernières enclaves Espagnoles d’Algérie : Oran et Mars el Kebir ; celle-ci seront récupérées deux ans plus tard par son successeur, le Dey Hassan (45).

À l’époque de Mohamed Ben Othman l’Etat d’Alger s’étend de l’Oranie au Constantinois mais sans une nette continuité territoriale entre l’Est et l’Ouest dû au fait des autres Etats indépendants du Maghreb central que nous avons évoqué précédemment.
Le règne de Mohamed Ben Othman est marqué par une stabilité intérieure et aussi extérieure grâce à ses nombreuses victoires militaires sur les puissances Européennes qui feront de la Régence d’Alger « la » grande puissance méditerranéenne du 18e siècle.

5.3- Les tensions entre Alger et les pays Européens

Il est nécessaire de préciser qu’à cette époque les guerres menées en méditerranéens par les différents protagonistes étaient plus d’ordre économique que religieux, même si ce prétexte étaient parfois avancés par ces derniers.

Le fait de contrôler les voies maritimes permettait de taxer les navires ; les expéditions menées pour contraindre les pays voisins à reconnaître son autorité se soldaient par des razzias en mer, autrement dit des actes de pirateries où les corsaires volaient les biens des bateaux ennemis et s’accordaient des  bénéfices nets en capturant les équipages adverses pour les revendre comme esclaves.

6- LA FIN DE LA REGENCE D’ALGER ET L’INVASION FRANCAISE

Les dernières années de la Régence d’Alger seront marquées par une instabilité politique et l’arrivée de dirigeants incompétents. Ces deux facteurs entraineront de nombreuses révoltes sur les territoires contrôlés par la Régence et notamment à l’Ouest où le père de l’Emir Abdelkader combattra les Sultans Algérois jugés décadents.

Un tournant aura lieu en 1818 lorsque le Dey Ali Khodja nommera directement son successeur le fameux « Hussein Dey ». Ce dernier n’était pas un natif d’Alger mais originaire de Turquie et s’étant installé par la suite au Maghreb.

Ce facteur jouera un rôle important lors de l’invasion française de 1830, dans la mesure où Hussein Dey acceptera de se rendra après le débarquement de 4 000 soldats Français dans la banlieue d’Alger en échange de conserver ses biens et sa fortune personnelle, chose qui lui sera accordée par les Français. Cette attitude va contraster avec les chefs autochtones qui eux combattront cette invasion (46)(47), mais aussi avec les précédent Dey, natifs d’Alger et attachés à leur terre.

La reddition du dernier Dey en 1830 marque la fin de la deuxième partie de la Régence d’Alger ; d’autres Etats locaux indépendants continueront d’exister plusieurs années après sur différentes régions du Maghreb central.

Références :
(1) : « L’Algérie : histoire, société et culture », éditions Casbah
(2) : Yaël Kouzmine, Jacques Fontaine, Badr-Eddine Yousfi et Tayeb Otmane, « Étapes de la structuration d’un désert : l’espace saharien algérien entre convoitises économiques, projets politiques et aménagement du territoire », Annales de géographie, vol. 6,
(3) : https://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2009-6-page-659.htm#
(4) : Kamel Filali, « L’Algérie mystique : Des marabouts fondateurs aux khwân insurgés, XVe-XIXe siècles », éditions Espaces méditerranéens
(5) : Revue des deux mondes, Volume 2 ;Volume 62 ;Volume 168
(6) : Mahfoud Kaddache, « L’Algérie durant la période Ottomane »
(7) : Bouchène 2012 – Chapitre I : 1830 – 1880 – La conquête coloniale et la résistance des Algériens – Section : L’Algérie dans l’Empire ottoman : un État d’empire.
(8) : Mahfoud Kaddache, L’Algérie des Algériens, Alger
(9) : Azzedine Guellouz, Mongi Smida, Abdelkader Masmoudi et Ahmed Saadaoui, Histoire générale de la Tunisie, t. III : Les temps modernes, Tunis, Sud Éditions, 2010
(10) : Biographie universelle, ancienne et moderne, Michaud frères, 1er janvier 1834
(11) : https://books.google.fr/books?id=rWIJAQAAIAAJ&pg=PA2&dq=dey+baba+ali+peuple+d%27alger#v=onepage&q=dey%20baba%20ali%20peuple%20d’alger&f=false
(12) : Mahfoud Kaddache, L’Algérie des Algériens, Alger, EDIF2000, 2011 (1re éd. 1982)
(13) : Ismet Terki Hassaine, « Oran au XVIIIe siècle : du désarroi à la clairvoyance politique de l’Espagne », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, nos 23-24,‎ 30 juin 2004
(14) : Phillip C. Naylor, « Historical Dictionary of Algeria », Rowman & Littlefield
(15) : Mahfoud Kaddache, L’Algérie des Algériens, Alger,
(17) : http://docplayer.fr/10763014-Relations-entre-alger-et-constantinople-sous-la-gouvernement-du-dey-mohammed-ben-othmane-pacha-1766-1791-selon-les-sources-espagnoles.html
(18) : Ismet Terki Hassaine, « Oran au xviiie siècle : du désarroi à la clairvoyance politique de l’Espagne », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales
(19) :, Encyclopédie berbère, Éditions Peeters, de G. Camps, L. Golvin, P. Boyer et R. Mantran consultable ici : https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/2434
(20) : Encyclopédie berbère , chapitre « Alger » de P. Boyer, R. Mantran, L. Golvin et G. Camps, Alger, Éditions Peeters, consultable ici : https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/2434#tocto1n4
(21) : Hugh Roberts, Berber Government: The Kabyle Polity in Pre-colonial Algeria, consultable ici :
(22) : Smaïl Goumeziane, Ibn Khaldoun, 1332-1406: un génie maghrébin, Persona Grata, 2006 ; consultable ici : https://books.google.fr/books?id=P5K9rSVckggC&pg=PA137&dq=hassan+corso&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwji9riqlsfTAhVM2RoKHfkDAW0Q6wEISjAG#v=onepage&q=hassan%20corso&f=false
(23) : Tayeb Chenntouf, La dynamique de la frontière au Maghreb [archive], Des frontières en Afrique du xiie au xxe siècle
(24) : P. Boyer, « Des Pachas Triennaux à la révolution d’Ali Khodja Dey (1571-1817) », Revue Historique, vol. 244
(25) : P. Boyer, « Des Pachas Triennaux à la révolution d’Ali Khodja Dey (1571-1817) », Revue Historique, vol. 244,‎ 1er janvier 1970, p. 99–124. Consultable ici : https://www.jstor.org/stable/40951507?seq=1
(26) : étude de Mounira Cherrad (université de Californie) consultable ici :  https://books.google.fr/books?id=pUkluYZmaGsC&printsec=frontcover&dq=the+state+and+women+rights&hl=en&sa=X&ved=0ahUKEwjVwrHCgrziAhUjDGMBHeXYB7MQ6AEIMDAB#v=onepage&q=considers%20that%20two-thirds&f=false
(27) : Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie: Des origines à nos jours, Pygmalion
(28) : Mahfoud Bennoune, The Making of Contemporary Algeria, 1830-1987, Cambridge University Press, 22 août 2002
(29) : analyse en Anglais disponible ici : https://books.google.fr/books?id=4nXl7h8i5scC&pg=PA18&dq=bled+al+baroud&hl=fr&sa=X&ei=xKM3VdCfJ-bmywPq7oGQAQ&ved=0CFMQ6AEwCA#v=onepage&q&f=false
(30) : Pierre Boyer, « Le problème Kouloughli dans la régence d’Alger », Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée
(31) : Yazid Ben Hounet, L’Algérie des tribus : le fait tribal dans le haut sud-ouest contemporain, Harmattan
(32) : Azzedine Guellouz, Mongi Smida, Abdelkader Masmoudi et Ahmed Saadaoui, Histoire générale de la Tunisie, t. III : Les temps modernes, Tunis, Sud Éditions
(33) : https://www.lemaghrebdz.com/?page=detail_actualite&rubrique=Regions&id=78612
(34) : Lemnouar Merouche, Recherches sur l’Algérie à l’époque ottomane, Saint-Denis, Bouchene
(35) : Paul Ruff, La domination espagnole à Oran sous le gouvernement du comte d’Alcaudete, coll. « Histoire du Maghreb »
(36) : Article du magazine Le Point : http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.lepoint.fr%2Fc-est-arrive-aujourd-hui%2F6-novembre-1664-le-naufrage-de-la-lune-avec-800-hommes-a-bord-marque-la-fin-de-la-premiere-guerre-d-algerie-06-11-2012-1525090_494.php
(37) : Youcef Allioui, Les Archs, tribus berbères de Kabylie : histoire, résistance, culture et démocratie, Paris, L’Harmattan
(38) : Laurent-Charles Féraud, Histoire Des Villes de la Province de Constantine : Sétif, Bordj-Bou-Arreridj, Msila, Boussaâda, vol. 5
(40) : Hugh Roberts, Berber Government: The Kabyle Polity in Pre-colonial Algeria, I.B.Tauris, 2014
(41) : Laurent-Charles Féraud, Histoire Des Villes de la Province de Constantine : Sétif, Bordj-Bou-Arreridj, Msila, Boussaâda, vol. 5
(42) : Encyclopédie berbère, Aix-en-Provence, Éditions Peeters, 1er juin 2005
(43) : ayeb Chenntouf, UNESCO, « La dynamique de la frontière au Maghreb. », Des frontières en Afrique du xiie au xxe siècle (Histoire et Perception),‎
(44) : P. Boyer, « Des Pachas Triennaux à la révolution d’Ali Khodja Dey (1571-1817) », Revue Historique, vol. 244,‎ 1er janvier 1970, p. 99–124
(45) : http://revueafricaine.mmsh.univ-aix.fr/n/Pages/1857_007_003.aspx
(46) : Bajot (M., Louis-Marie), Annales maritimes et coloniales: publiées avec l’approbation du ministre de la marine et des colonies, Paris, Imprimerie royale, 1831, p.424
(47) : Eugène Plantet, Correspondance des Deys d’Alger avec la cour de France 1579-1833 – tome second – 1700-1833, Paris, Felix Alcan, 1889, p.641

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