La bataille de Kasserine : Imazighen contre Byzantins (Empire Romain d’Orient)

Cette bataille eu lieu en l’an 544 et opposa deux forces : le puissant Empire Romain d’Orient contre les Berbères. L’affrontement eu lieu dans la ville Tunisienne de Kasserine (appelée à l’époque Cillium). Mais avant d’évoquer cette bataille qui marquera l’histoire du Maghreb, nous devons évoquer son contexte et expliquer les rapports conflictuels entre Romains et Imazighen au cours de l’histoire.

1- La fin des Royaumes Maures et Numides

L’Empire de Carthage verra peu avant son déclin l’émergence d’un puissant Royaume à ses côtés: celui des Numides, qui prendront le contrôle du centre du Maghreb en l’an -202 avant notre ère (1).

Avec la fin de la troisième guerre punique et la destruction de Carthage par les Romains, ces derniers vont prendre possession de la Tunisie actuelle ; le reste du Maghreb restera dirigé par le Royaume Numide au centre du Maghreb et le Royaume des Maures à l’Ouest.

Après plus de 150 ans de cohabitation, l’Empire Romain va prendre le contrôle de l’ensemble du Nord du Maghreb, c’est-à-dire de la zone littorale ; le reste du territoire à savoir les montagnes de l’Atlas et le Sahara resteront indépendants et sous le contrôle des Imazighen qui ne connaîtront pas la romanisation : ces derniers, non assimilés, seront appelés Maures par les Romains, en opposition aux Berbères des zones du littoral qui obtiendront la citoyenneté Romaine et dirigeront même l’Empire avec la dynastie des Sévères (2)(3)(4).

2- La présence Romaine

L’administration Romaine va mener une politique diplomatique habile avec les chefs Berbères des zones indépendantes, pour éviter tout conflit et cela aura son importance par la suite. Entre l’an -146 de notre ère et l’an 238, la présence Romaine fera face à des insurrections Berbères et des révoltes qu’elle réussira à contenir (5)(6).  Cette présence sur le littoral Maghrébins de quatre siècles laissera des traces et des vestiges latins d’une rare beauté.

Mais à partir du 2e siècle de notre ère, l’Empire Romain fera face à une vague d’instabilité qui va réduire considérablement sa présence au Maghreb dès le 3e siècle. Cela est du tout d’abord aux  guerres de successions pour le contrôle de l’Empire qui le fragiliseront puis par le contrôle des frontières qui étaient trop difficiles à gérer.

En l’an 238 dans la région d’El Djem en Tunisie actuelle (Thysdrus), les habitants assassinent le procurateur Romain (7). Des renforts militaires seront envoyés au Maghreb mais une grande insurrection en 250 va éclater au centre du Maghreb et se propager à l’Ouest (8) ; Rome sera obligée de signer un traité de paix avec la confédération Berbères des Baqates et accepter de perdre sa maîtrise sur certains territoires.

Une partie de l’Est du Maghreb actuel se soulèvera à son tour et menacera la présence Romaine dans la région ; la IIIe légion d’Auguste y sera envoyer entre 253 et 258 (8). Cette période marquera le début des incursions de plusieurs tribus Berbères en territoire Romain qui sèmeront le chaos (8) ; seul le Nord de la Tunisie actuelle restera sous contrôle Romain à partir du 3e siècle, le reste du Maghreb étant réparti en zone quasi-autonomes.

3- La chute de Rome et l’arrivée des Vandales

En l’an 476 l’Empire Romain d’Occident s’écroule sous la pression de nombreuses tribus Germaniques dont les Vandales. Ces derniers vont traverser le détroit de Gibraltar et tenter de s’installer dans le Nord du Maghreb ; ils seront d’abord vaincu par la tribu berbère des Aït Yefren et chasser du Maghreb central et Occidental (9) mais réussiront finalement à occuper sa partie Orientale, qui correspond au Nord de la Tunisie ; ils seront confrontés aux mêmes problèmes d’instabilités que les Romains avant eux.

Le reste du Maghreb sera divisé en plusieurs Royaumes Amazigh indépendants comme celui de l’Altava ou des Aurès qui perdureront jusqu’à l’arrivée des musulmans au Maghreb au 7e siècle (10)(11).

Quant aux Berbères de Tunisie actuelle sous domination Vandale et qui avaient été romanisés, ils vont faire alliance avec les Byzantins, c’est-à-dire l’Empire Romain d’Orient, pour les chasser. Une fois les Vandales vaincus, les Byzantins décideront de prendre possession de l’Est du Maghreb sans partage avec pour ambition de restaurer la présence Romaine dans tout le Maghreb(12) : c’est l’empereur Justinien de Constantinople (Byzance) qui tentera de mener cette politique ambitieuse.

Il enverra un général chevronné et respecté pour mener à bien cette mission : le dénommé Solomon.

4- La bataille de Kasserine

Face à ces velléités expansionnistes l’affrontement avec les Imazighen fut inévitable. Une coalition Amazigh des tribus de l’Est du Maghreb (Tunisie et Ouest Libyen) va voir le jour sous l’autorité du charismatique chef Antalas (13).

Antalas s’était auparavant allié avec les Byzantins pour combattre les Vandales mais un différend avec ces derniers provoquera un rapprochement avec ses frères de sang Imazighen de Libye ce qui changera le jeu d’alliances dans la région.

La bataille aura lieu en juin 544 à Kasserine (Cillium). L’avantage numérique des Imazighen va leur être bénéfique ; les Byzantins vont résister courageusement aux assauts mais face au nombre et aux pertes conséquentes, ils décideront de se replier (14). Le général Solomon va tenter de fuir mais sera capturer par l’armée Amazigh et sera brutalement assassiné (15).

D’après les récits des historiens Romains de l’époque, la défaite Byzantine contre les Berbères fut terrible en pertes humaines ; la ville de Carthage, située au Nord de la Tunisie et place forte des Byzantins, sera totalement pillée par Antalas et son armée (16). La mort de Solomon fera une onde de choc dans tout le bassin méditerranéen tant ce dernier était craint par ses adversaire.

La coalition Berbère choisira de ne pas faire le siège des villes sous domination Byzantine car l’automne venu il leur était essentiel de faire brouter leurs troupeaux durant la saison pluvieuse dans leur pays et ce jusqu’à l’été (17).

Cela permettra aux Byzantins de garder leurs possessions sur le littoral puis de contre-attaquer quelques années plus tard pour pérenniser leur présence en Tunisie. Les Byzantins se contenteront de mener une politique défensive face aux raids hostiles des tribus Berbères indépendantes mais aussi face aux révoltes des habitants de leurs possessions. Les Byzantins construiront pour cela un nombre de fortifications sans précédents (18).

Références :

(1) : François Decret et Mhamed Fantar, L’Afrique du Nord dans l’Antiquité : Histoire et civilisation – des Origines au Ve siècle, Paris, Payot, 1981.

(2) : Yann Le Bohec, L’Afrique romaine (146 avant J.-C. – 439 après J.-C.), Paris, Picard, 2005, 600 p. (ISBN 2-7084-0751-1).

(3) : Anthony R. Birley, Septimius Severus: The African Emperor, Londres, Routledge, 2000 (1971) (ISBN 0-415-16591-1), p. 1.

(4) : Anne Daguet-Gagey, Septime Sévère, Payot, 2000, p. 38.

(5) : TaciteAnnales, II–IV

(6) Conflicts and instability in Roman Africa and Gaius’ realpolitik, de Wouter Vanacker (https://www.academia.edu/1245781/Conflicts_and_instability_in_Roman_Africa_and_Gaius_realpolitik)

(7): Hérodien, Histoire des empereurs romains – Livre VII, 10.

(8) : Marcel Bénabou, La Résistance africaine à la romanisation, éditions La Découverte, 2005

(9) : Pierre Hubac, Carthage

(10) : P. Courtot, « Altava », Encyclopédie berbère, no 4,‎ 1er décembre 2012 (https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/2453)

(11) : Yves Modéran, Encyclopédie berbère, vol. 23 : Iaudas, 1er juin 2011 (https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/1623)

(12) : JB, Bury, History of the later roman empire v.2, New York, Dover edition, 1958 (1898), p. 124.

(13) : Yves Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine (IVe-VIIe siècle), Rome, Publications de l’École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome », 22 mai 2013 (1re éd. 2003)

(14) : Procope, Histoire de la guerre des Vandales livre 2, Paris, par M.Dureau de la Malle, œuvre numérisé par Marc Szwajcer, Paris, Librairie de Firmin Didot frères

(15) : Corippe, La Johannide, Revue tunisienne, Tunis, Comité de l’Institut de Carthage (Association Tunisienne des Lettres, Sciences et Arts), sous la direction d’Eusèbe Vassel

(16) : Yves Modéran, « Corippe et l’occupation byzantine de l’Afrique, pour une nouvelle lecture de la Johannide », Antiquités Africaines, vol. 22, #1, 1986, p. 198-201. [7] [archive] (6 mars 2017).

(17) : Yves, Modéran. Les Maures et l’Afrique romaine (ive et viie siècles), École française de Rome, coll. « Befar »

(18) : B, Bury, History of the later roman empire v.2, New York, Dover edition, 1958 (1898), p. 147-148

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