La grande révolte Berbère face à l’injustice

INTRODUCTION

L’arrivée de l’Islam au Maghreb se fit sous la dynastie Omeyyade par des armées en majorité Berbères de l’Est de l’Afrique du Nord et qui étaient déjà converties.

La dynastie Omeyyade succéda à la gouvernance des cinq Califs biens guidés (Abu Bakr, Omar,Uthman, Ali et al-Hassan) par des moyens peu orthodoxe ; en effet, le compagnon Muawiyah refusa de se soumettre à l’autorité de Ali (autre compagnon et gendre du Prophète alihi salem) tant que les assassins du 3e Calif, l’exemplaire Uthman, ne furent pas retrouvés.

Face à cette situation, une guerre civile éclata entre les deux hommes. Le successeur d’Ali, al-Hassan, compagnon du Prophète alihi salam et petits-fils de ce dernier, décida de mettre un terme au conflit qui divisa les croyants en laissant le pouvoir à Muawiyah.

En tant que Maghrébins, nous restons musulmans attachés à la Sunna du Prophète et nous ne permettrons à personne de manquer de respect à Muawiyah qui reste un compagnon (convertit vers la fin de vie du Prophète alihi salem, après la prise de La Mecque). Toutefois nous affirmons comme tous les gens de science que Muawiyah n’était pas dans son droit et qu’il aurait dû se soumettre à l’autorité d’Ali et d’al-Hassan or il ne l’a pas voulu, provoquant un conflit entre musulmans.

Lorsque al-Hassan remit le pouvoir à Muawiyah, se dernier devint donc Calif et fonda la dynastie des Omeyyades (nom de son clan les « Banu Omayyah ») en changeant une chose fondamentale dans le pouvoir : attribué auparavant au mérite par les premiers Compagnons, le pouvoir va devenir héréditaire. De plus, beaucoup de chefs de provinces et de hauts fonctionnaires seront issus du clan des Banu Omayyah.

Parmi les Califs Omeyyades certains seront des musulmans pieux et remarquables tel que Omar ibn Abdelaziz ; et d’autres seront injustes et tyrans.

LES CAUSES DE LA RÉVOLTE BERBÈRE

Alors que le monde musulman s’est étendu de l’Europe à la Chine, le Calif Omeyyade Hicham ibn Abdelmalik, par l’intermédiaire des gouverneurs Arabes du Maghreb continuent de prélever aux populations Berbères l’impôt réservé au non musulman, la Jizya en plus de la Zakat.

Or à cette époque les Berbères sont dans leur quasi-totalité devenus musulmans et islamiquement parlant ils ne doivent acquitter qu’un seul impôt, celui de la Zakat.

La Jizya n’est réservée qu’aux non musulmans, pour les compenser de leur protection qui est assurée par les croyants, obligés de les défendre au péril de leur vie en cas d’attaque extérieure.

Les Berbère se retrouvent donc à payer une double imposition totalement illicite en Islam : la Zakat car musulmans et la Jizya en étant considérés comme non musulman. Face à cette situation, des hommes vont se lever pour la dénoncer mais rien y fait : le Calif Omeyyade et ses gouverneurs vont maintenir cette injustice dans le seul but de maintenir des recettes fiscales fortes.

MAYSARA : LE BERBÈRE A L’ORIGINE DE LA RÉVOLTE

En l’an 739, Maysara va réunir plusieurs tribus Berbères et prendre les armes face au sévère gouverneur de Tanger (Maroc actuel), le dénommé Omar al-Moradi. Suite à plusieurs batailles, l’armée de Maysara va prendre la ville et exécuter le chef Omeyyade.

Ces derniers vont alors envoyer d’importants renforts d’Espagne pour mater la rébellion mais leurs troupes seront à chaque fois vaincues. Maysara va poursuivre sa progression en libérant tout le Maroc de Tanger à l’Atlas et devient par la même occasion Calif de la Région ; il abolit sans plus tarder les impôts illégaux imposés aux Musulmans Berbères.

Il faut garder à l’esprit qu’il s’agissait d’un soulèvement Musulman face à un pouvoir tyrannique appliquant des lois illégitimes d’un point de vue religieux et non d’un mouvement de libération Berbère.

Face à cette situation, les Omeyyades vont rappeler leurs armées de Sicile, pour combattre Maysara. Face à leur nombre, ce dernier décide d’opérer un retrait tactique sur Tanger, ce qui n’est pas du goût de bon nombre de ses soldats qui souhaitent combattre.

Maysara sera exécuté par des membres de son armée et un nouveau chef sera élu : Khalid al-Zanati, originaire de l’Est du Maroc actuel.

KHALID AL-ZANATI : L’HOMME QUI CHASSERA LES OMEYYADES DU MAGHREB

Après son élection en tant que Calif, Khalid al-Zanati décide attaquer l’armée Omeyyade près de Tanger. Ces derniers réunir leur meilleure cavalerie de l’époque, composée de nombreux aristocrates Arabes.

Malgré cela, ils seront massacrés par l’armée de Khalid al-Zanati et depuis ce jour, cette victoire militaire est nommée « la bataille des Nobles ». L’echo de cette victoire va se rependre dans tout le Maghreb et provoquera des soulèvements des populations autochtones qui seront réprimées dans le sang notamment à Tlemcen où régnera le désordre. Un des gouverneurs de la région, Habib ibn abi Obeida, en route pour Tanger avec son armée verra d’ailleurs ses troupes décimées à Tlemcen.

Il demandera des renforts au Calif Omeyyade Hicham ibn Abdelmalik, situé dans sa capitale de Damas. Ce dernier enverra ses troupes d’élites de Syrie, plus de 30 000 hommes et nommera un nouveau général pour mettre fin définitivement la rébellion Berbère. L’affrontement aura lieu près de Fès et marquera une victoire éclatante des Maghrébins.

L’armée de Khalid al-Zanati fut moins bien équipée que les troupes d’élites Omeyyades qui en voyant leurs adversaires étaient sûrs de leur suprématie. Mais l’infanterie Maghrébine fut héroïque : elle faisait tomber les chevaux Omeyyades avec des sacs remplis de pierres (faute de moyens) ; ils lâchèrent ensuite des juments sauvages affolées par des sacs d’eau attachés à leur queue dans les rangs de l’armée Arabe pour y semer la confusion.

Les musulmans Berbères réussiront enfin à séparer l’infanterie Omeyyade de sa cavalerie puis à les encercler. Au final, sur ses 40 000 soldats, les Omeyyades vont perdre 38 000 hommes dont l’ensemble de leurs généraux et gouverneurs.

CONSEQUENCES DES VICTOIRES DE MAYSARA ET DE KHALID AL-ZANATI

Ces succès brisent définitivement l’emprise Omeyyade sur le Maghreb central et occidentale. Les Berbères sont le premier peuple à vaincre cette dynastie et à prendre leur indépendance ; depuis cette date ils ne dépendront plus jamais d’un pouvoir situé en Orient.

Ils vont même poursuivre leurs révoltes sur l’Est du Maghreb par l’intermédiaire du célèbre Abou Qurra.

LA PRISE DE KAIROUAN ET DE LA TUNISIE PAR ABOU QURRA

Entre 767 et 776 il prendra la tête d’une armée de 350 000 cavaliers et chassera les Omeyyades de l’Est du Maghreb. Il combattra également les Abbassides en Tunisie quelques années plus tard.

Il est connu pour être le fondateur de la ville de Tlemcen (en Algérie). Il en fera la capital de son royaume qui s’étendra sur le Maghreb central.

CONCLUSION

Contrairement à ce que certains historiens disent, le début de la chute des Omeyyades a été réalisé par les Maghrébins et non les Abbassides qui viendront bien après.

Cette chute est due au pouvoir tyrannique qu’ont exercé certains d’entre eux notamment en matière fiscale.

L’indépendance du Maghreb fera apparaître plusieurs royaumes tribaux et affaiblira la région. Mais elle sera réunifiée par les Almoravides deux siècles plus tard.

Beaucoup de chroniqueurs Omeyyades de l’époque ont écrit au sujet de Maysara et de ses successeurs comme étant des déviants, des Kharidjites et autres semeurs de troubles sans jamais évoquer les nominations héréditaires de leurs Califs ni les lois iniques en matière d’imposition qu’ils faisaient subir aux musulmans.

C’est pourquoi le Maghrébin Penseur a décidé de réaliser ce travail.

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