Le nationalisme et l’amour des siens : illicite ?

Cet article a pour but de répondre de façon concise aux arguments de certaines personnes issues de notre communauté qui résument l’Islam aux deux règles suivantes :

–          T’as pas le droit de juger, elle fait ce qu’elle veut

–          Le nationalisme c’est haram, t’as pas le droit d’être contre le métissage

Concernant la première affirmation il est facile de la réfuter par cette parole prophétique authentique : « celui d’entre vous qui voit un mal qui se pratique, qu’il le change par sa main, et s’il est incapable, qu’il déteste cela par son cœur, et ceci étant le minimum que la foi exige »(rapporté par Muslim).

Dans le saint Coran, il est également dit : « vous êtes la meilleure communauté, vous ordonnez le bien et interdisez le mal et vous croyez en Allah » {sourate Al Imran}.

L’Islam étant la religion du juste milieu il était bien évidemment logique que celui-ci ne puisse autoriser la propagation du mal et de la débauche dans une société, en interdisant aux êtres humains de réagir.

Concernant le deuxième point, à savoir : «le nationalisme c’est haram, t’as pas le droit d’être contre le métissage», il s’agira de l’objet de cet article qui réfutera ce mensonge, souvent porté par des personnes ne pratiquant pas les obligations de bases de la religion et voulant justifier un certain racisme envers les personnes de leur communauté pour justifier le fait de se métisser.

Ces personnes, soit disant ouvertes au monde et aux autres, expriment un nationalisme soudain vis-à-vis des « blédars » comme elles les nomment ; ce deux poids deux mesures montrant leur hypocrisie.

Nous avons décidé de traiter ce sujet car il amène aujourd’hui à des comportements extrêmes. En effet, il arrive parfois que certaines filles ayant fréquenté des  hommes issus d’autres communautés veuillent les imposer de force à leurs parents et qu’en cas de refus, fassent annuler le statut de mahram à leur propre père par des imams ne connaissant pas la situation ; celles-ci n’hésitant pas à se marier sans l’accord de leur mahram biologique.

D’autres personnes, et cela est encore plus grave, utilisent cette idéologie pour appeler au métissage généralisé de tous les peuples. Toute préférence à l’endogamie est qualifiée de « rétrograde » dans le meilleur des cas ou de « raciste ». Tout amour de ses origines et de sa culture est considéré comme suspect.

 

1- Le nationalisme/tribalisme néfaste en Islam

Celui-ci est désigné par le célèbre hadith suivant : « celui qui a combattu sous un étendard pour une cause non prouvée, s’étant mis en colère pour la ‘assabiyyah, appelant vers cette cause ou aidant cette cause, c’est là une mort digne de la période préislamique ».

Ce hadith, sorti de son contexte, désigne une part néfaste du nationalisme qui touchait beaucoup de communautés humaines dont les Arabes de l’époque. Ces derniers, divisés en tribus, se vouaient une hostilité très grande amenant à des guerres interminables et des pillages pour dominer le voisin. Ce qui caractérisait ce nationalisme (tribalisme) était le fait de se croire supérieur aux autres ou de vouloir le devenir en les dominants.

C’est le cas des deux grandes tribus médinoises (les Aws et les Khazraj) qui avant leur conversion à l’Islam et leur accueil du Prophète (paix et salutations sur lui) dans leur ville, étaient ennemies. C’est pourquoi l’Islam a pointé du doigt ce type de nationalisme ou de tribalisme qui appelle à la haine injustifiée de l’autre, à l’anarchisme et aux pillages.

Néanmoins, il est totalement incorrect de limiter le phénomène du nationalisme qu’à cet aspect négatif. Cette vision des choses n’est que l’interprétation Occidentale actuelle du nationalisme, au lendemain de la seconde guerre mondiale, où toute idée d’attachement à son peuple et à sa patrie, est jugé comme néfaste.

En effet, les gens de gauche et les progressistes associe ces réflexes naturels au prisme de la tragédie qu’a connu l’Occident avec les conséquences du nazisme. Autrement dit, vu que les nazis et les fascistes au 20e siècle défendaient le nationalisme alors celui-ci est mauvais ; certains allant dire : « le nationalisme c’est la guerre ».

Une telle déduction n’est tout simplement pas sérieuse intellectuellement. Car cela reviendrait à s’interdire d’aimer la peinture ou l’architecture étant donné que les nazis aimaient et promouvaient ces disciplines.

 

2- Les bienfaits du nationalisme/tribalisme en Islam

Les êtres humains ont dans leur nature saine (fitra) de la tendresse et un attachement à leur famille, à leurs proches et à leurs compatriotes (tribu, ethnie…). Cette relation de proximité les poussent à s’aider mutuellement pour vivre en communautés ainsi qu’à défendre leurs  semblables.

Le savant Maghrébin Ibn Khaldoun, inventeur de l’anthropologie moderne et dont les œuvres sont encore aujourd’hui étudiées dans les plus grandes universités (telle Harvard) a expliqué le concept du nationalisme et du tribalisme positif en Islam (al ‘assabiyah en langue Arabe). Il écrit dans son ouvrage al-Mouqaddimat ceci :

« La ‘assabiyyah est indispensable à toutes les lois et pratiques religieuses et à tout ce qu’on peut attendre des masses (djoumhour). Nul ne peut faire valoir ses droits sans son appui. Il est donc nécessaire à la communauté musulmane, à laquelle il permet d’accomplir ce qu’Allah attend d’elle. On lit dans le Sahih : ‘Allah n’a jamais envoyé de Prophète qui ne jouit de la protection de son peuple.’

Il est vrai que le Législateur (Mouhammad) a condamné la assabiyyah et a enjoint de le rejeter et de l’abandonner en disant : ‘Allah vous a retiré l’arrogance (‘oubiyyah) de l’époque pré islamique, avec l’orgueil de la naissance. Vous êtes les enfants d’Adam qui fut fait de terre.’ Allah a dit : ‘Le plus noble d’entre vous aux yeux d’Allah est le plus pieux.’ [49/13] […] aussi lorsque le Prophète interdit ou condamne certaines activités ou recommande d’y renoncer, ce n’est pas qu’il veuille qu’on les néglige complètement ou qu’on les déracine, ou qu’on abandonne les facultés qui les produisent.

Ce qu’il veut c’est que ces facultés soient dirigées vers leurs véritables fins. Toute intention doit être droite et toute activité humaine doit être guidée (…). Le législateur (Mouhammad) n’a pas condamné la colère (ghadhab), à seule fin de déraciner une tendance de l’homme. Si cette inclination disparaissait, celui-ci ne pourrait plus faire triompher la vérité. Il n’y aurait plus de lutte pour le bien, ni de glorification de la Parole d’Allah. Mouhammad a blâmé la colère qui est au service de Shaytan et de fins blâmables, non la sainte fureur qui est en Allah et à Son service. Cette louable colère était l’une des vertus du Prophète.

De même, quand Mouhammad condamne la concupiscence (shahawat), ce n’est pas pour la supprimer : sans elle, il manquerait quelque chose à l’homme, ce qui le rendrait inférieur. Mouhammad veut seulement que les passions soient dirigées vers des fins utiles, pour servir le bien public, afin que l’homme devienne un serviteur diligent, qui s’empresse d’obéir aux injonctions divines.

De même encore lorsque la Loi divine condamne l’esprit de corps : ‘Ni vos liens du sang, ni vos enfants, ne vous seront utiles, au jour de la résurrection’ [60/3]. Cette parole vise un esprit tribal inutile, celui des temps pré islamiques. Elle vise aussi l’esprit de clan, source de vanité. Il est vain pour quelqu’un d’intelligent, de s’en prévaloir, car c’est sans intérêt pour l’autre monde, le monde de l’éternité. En revanche, un esprit de corps serait souhaitable s’il travaillait pour la vérité et pour accomplir les commandements d’Allah.

Sans lui, il n’y aurait plus de Lois religieuses, car elles ne s’appliquent que si la assabiyyah les soutient. »

Ibn khaldoun va plus loin dans l’explication du concept du nationalisme et du tribalisme positif en Islam. Selon lui ce sentiment permet de renforcer les êtres humains face à un ennemi extérieur car les hommes ont toujours beaucoup plus d’ardeur à défendre leur famille et leur clan. Toujours dans son ouvrage al-Mouqaddimat :

« Cet esprit (de nationalisme/tribalisme) renforce leur ardeur et les rend redoutables, car chacun d’eux fait passer avant tout son esprit de famille et de clan. Allah a mis, dans le cœur des hommes, une affection naturelle pour son propre sang :

elle engendre l’assistance mutuelle (ta’adoud) et accroît la peur chez l’ennemi.

C’est ce que montre, dans le Coran, l’histoire de Youssouf et de ses frères. Ils dirent à leur père : ‘Si le loup le mange, pendant que nous sommes tous ensemble, nous sommes perdus’ [12/14].

En effet, on ne saurait imaginer que quelqu’un puisse être victime d’une agression, alors qu’il a son clan autour de lui. Ceux qui n’ont à se soucier de personne de leur propre sang sont rarement attachés aux autres. Au combat, quand il y a du danger, ils s’esquivent et cherchent à sauver leur peau, parce qu’ils craignent de rester seuls.

Ceux-là ne pourraient vivre au désert, sans se faire ‘avaler’ par quelque nation de proie. Tout cela s’applique à la nécessité de maintenir en état de défense l’endroit où l’on vit. Mais c’est également vrai de toute autre activité humaine : mission prophétique, fondation de pouvoir royal, ou prêche.

Rien de tout cela ne peut s’accomplir sans combat, tant l’homme a naturelle disposition à la récalcitrance (isti’sa). Et nul ne peut se battre sans ‘assabiyyah (nationalisme/tribalisme). »

Nous pouvons conclure de ses enseignements que le monde musulman a toujours pris en compte cet esprit nationaliste des peuples qui a permis la combativité et le dynamisme de sa civilisation. Il faut donc dissocier la ‘assabiyah négative de celle qui est bénéfique.

 

3- Les exemples historiques

A l’époque prophétique tout d’abord l’esprit de clan qui régnait n’a jamais été abolit totalement ; les Arabes de l’époque accordait d’ailleurs une attention particulière à la généalogie qu’ils considéraient comme une science.

Les compagnons du Prophète, paix sur lui, ont également suivi cette voie. Khalid Ibn al-Walid par exemple, l’avait bien compris lors de la bataille qu’il mena contre Moussaylima, le faux prophète. On lit dans sa biographie, « La vie de Khalid Ibn al-Walid » d’Abou Soulaymane al-Ka’bi avant la première manche de la bataille ceci :

« Khalid fit le choix de ne pas répartir les unités de combat selon des critères tribaux ou ethniques ; chaque division et chaque régiment étaient composés d’éléments disparates, originaires de diverses tribus. »

Mais ce fut un échec et Khalid fut obligé de réorganiser ses soldats en respectant l’homogénéité tribale : « La répartition mixte ayant montré ses limites ; les bédouins musulmans mélangés aux citadins se renvoyaient la faute de la débâcle. Les unités composées d’éléments de plusieurs tribus étaient mal coordonnées. […]

Khalid décida donc de réformer complètement l’organisation des unités et des divisions ; il ordonna que les membres d’une même tribu se réunissent sous une bannière unique et que les contingents soient séparés les uns des autres. »

Au Maghreb, sur la terre des Berbères cela a aussi été vérifié. Les Almoravides par exemple, première dynastie musulmane Amazigh qui changera le cours de l’histoire, permettra d’unifier une grande partie du Maghreb tout en conservant un fonctionnement clanique où la tribu des Lemtouna, à l’origine du mouvement, préservera le pouvoir exécutif.

Autre exemple, les Fatimides d’Egypte ont essayé de déstabiliser leur alliés Berbères Zirides lorsque ces derniers ont souhaité se détacher de leur influence ; comment ? En favorisant une immigration massive de tribus Arabes telle que les Banu Hilal vers le Maghreb. Celle-ci fut ensuite combattue et vaincue par la dynastie Amazigh qui les a succédé : les Almohades.

En effet, face à leur nombre croissant, les Arabes Banu Hilal ont souhaité prendre le pouvoir au Maghreb ; les Almohades les ont décimés pour la plus grande partie d’entre eux, prenant en captivité leurs femmes et les rescapés des batailles de Sétif et de Béjaia.

 

4- Le métissage généralisé : est-ce illicite de s’y opposer ?

L’homme sans famille, sans race, sans lignée, est un solitaire absolu ; c’est un loup solitaire or nous savons qu’il devient beaucoup plus vulnérable face à une meute.

Allah nous dit dans le verset 13 de la sourate 49 : « ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. »

Al-Qourtoubi dans son tafsir cite Ibn ’Abbas et explique que ce verset fut descendu lorsque le noble compagnon Bilal, d’origine Subsaharienne, accompli l’Adhan. Suite à cela, Hattab Bin Abi al-Aiss a exprimé son étonnement qu’un étranger puisse avoir ce privilège ; le Prophète (paix et salut sur lui) fut informé de ces propos et l’Ange Gabriel vint pour lui révéler ce verset.

Car si l’on médite ce verset et son contexte, on voit que c’est la hiérarchisation des différences culturelles et ethniques qui est visée par l’Islam et non la différence en elle-même. « S’entre-connaître » n’est pas synonyme de métissage généralisé et d’alignement sur des mœurs uniques, mais d’échange, de dialogue, d’acceptation de la différence entre groupes homogènes. Il s’agit donc de prôner l’alliance, la fraternité et le respect des différences au nom de l’Islam.

Le Prophète Mouhammad paix et salut sur lui prenait donc acte des différences culturelles entre les peuples et n’a jamais tenté de les supprimer dans tout ce qui ne s’opposait pas à l’Islam. Il a même fait les éloges de peuples et de régions spécifiques pour leur mérite particulier. Pour le Maghreb (Occident musulman) par exemple il a dit :

« les gens du Maghreb resteront triomphant pour la vérité jusqu’au jour du jugement » (rapporté par Muslim).

Ibn khaldoun, dans son chapitre sur la « La confusion des lignages » cite l’affaire entre la tribu des Bajila et le dénommé Arfaja ibn Harthama. Le Calif bien guidé et compagnon du Prophète (paix sur lui) Omar ibn al-Khattab avait désigné comme gouverneur des Bajila, Arfaja.

Ces derniers se sont opposés à cette nomination en expliquant à Omar ibn al-Khattab qu’Arfaja n’était pas de leur ethnie mais seulement un étranger s’étant installé chez eux, chose qu’Omar a pu vérifier et prendre en considération.

 

CONCLUSION

En reprenant les deux affirmations de notre introduction nous pouvons dire que d’un point de vue religieux :

  • Oui le fait de s’indigner et de refuser des comportements mauvais et obscènes fait partie de notre foi ; cela est même un devoir ; bien évidemment cela doit se faire dans un cadre réfléchit.

 

  • Oui le fait d’avoir un attachement à sa tribu, son clan, son peuple a des effets bénéfiques tant que ce sentiment ne se caractérise pas par un mépris de l’autre. Le fait de vouloir conserver ce lignage est totalement licite.

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