Pensées philosophiques : Quand Grecs, Romains et Maghrébins sont d’accord

L’article d’aujourd’hui sort un peu du cadre habituel ; nous avons décidé de vous présenter quelques pensées philosophiques importantes pour toute civilisation qui se respecte. A travers nos lectures, nous avons voulu résumer les points communs qui existent entre les penseurs Grecs et Romains (donc Occidentaux) avec celles des Maghrébins lors de leur âge d’Or.

Vous verrez qu’elles se rejoignent et qu’elles permettent d’apprécier la beauté des civilisations bâties par les Européens et les Maghrébins.

Comme dit l’adage la vérité est unique et d’où qu’elle vienne elle est bénéfique.

D’ailleurs petit clin d’œil linguistique, la langue Tamazight désigne le mot vérité par « Tidett » qui n’existe pas au pluriel pour spécifier le caractère unique de la vérité (contrairement au français ou à l’arabe où le mot vérité peut être appliqué au pluriel).

Voici donc ci-dessous quatre pensées philosophiques que nous vous partageons de manières succinctes et qui nous espérons, vous feront méditer :

1- Le lien entre la souffrance et la création

Bâtir quelque chose de grand, de fort et de durable se réalise par des hommes et des femmes qui vivent dans la souffrance ou du moins savent la surmonter.

Le lien entre la souffrance et les grandes créations existe depuis la nuit des temps. Comme le disait Ibn Khaldoun lorsqu’il mit en évidence sa théorie sur le cycle de la vie : « les temps difficiles créent des hommes forts, les hommes forts créent des temps de prospérités, les temps de prospérités créent des hommes faibles et les hommes faibles créent des temps difficiles. »

C’est donc dans la souffrance que naissent les grandes choses quelles soient artistiques (la vie des  grands écrivains, peintres ou musiciens le prouvent), religieuses (on obtient le Paradis qu’après moult efforts), sportives (on remporte des compétitions qu’avec une régularité dans l’entrainement intensif)…etc.

La souffrance peut-être définie par trois notions qui sont essentielles s’il on veut réussir dans la vie :

–          La discipline è être dur avec soi-même pour s’améliorer

–          L’effort répété è travail constant

–          La persévérance è refuser d’abandonner

Les philosophes Grecs puis Romains ont abondamment écrit sur le sujet et créent une école de pensée appelée le « stoïcisme » et qui prônent le fait de rester fixé sur ses objectifs malgré les privations, la douleur, le stress ou la peur. (1) Parmi les philosophes Européens de ce courant, nous vous conseillons le célèbre Sénèque (2), originaire d’Andalousie et homme d’Etat Romain. Dans son ouvrage « sur la brièveté de la vie », il médite sur l’importance du temps et le fait de l’utiliser à bon escient. Il critique également le mode de vie libertin de la haute société Romaine qui selon lui amènera Rome à sa perte. Sénèque était visionnaire car plusieurs décennies plus tard c’est ce qui arriva, lorsque son peuple fut opposé aux rudes Germains dont le mode de vie reposait sur des valeurs d’efforts et de travail.

Rome s’écroula et fut conquise. Comme chaque civilisation après elle, qui oublia que souffrance et création sont liées.

Cette vérité entre le fait d’adopter un mode de vie qui combat les pulsions primaires et mauvaises de l’Homme pour ne garder que celles qui lui permettent de s’élever, est la base de l’esprit de la civilisation musulmane qui a dépassé en peu de temps celles des Romains et des Perses, chose qu’aucune nation n’avait réussi à faire. Les grands philosophes et penseurs musulmans ne faisaient que reprendre les enseignements divins, dans leur propos. Dans l’histoire musulmane regardez ce que les Compagnons du Prophète (paix sur lui) ont pu bâtir en si peu de temps avec cette mentalité et comparez avec les rois et prince des pays d’Arabie aujourd’hui.

Nous pouvons conclure ce point en disant que l’image que nous donne la société « moderne » de la réussite est totalement erronée. En effet le bonheur se résume selon la propagande d’aujourd’hui, à être riche en faisant le moindre effort, à être en vacances constamment, à assouvir tous ses désirs, à déléguer les tâches que l’on juge pénibles à d’autres… si vous avez un objectif dans la vie alors attendez-vous à souffrir pour le réaliser autrement il ne s’agira que d’un simple vœu.

2- Devenir fort, s’améliorer, conquérir… des notions qui sont contraires à la zone de confort

Celui qui veut vivre pleinement doit expérimenter les choses et ne pas se contenter de lire des livres et de palabrer sur des grandes notions en étant confortablement assis sur son canapé.

Les Athéniens étaient parmi les Grecs, les plus fougueux ; ils n’hésitaient pas à agir à contre-courant. Pour eux, la véritable sagesse se trouvait dans la fougue, l’expérimentation et non le calme. C’est pourquoi ils étaient considérés comme les meilleurs des Grecs.

Les Grecs avaient cette magnifique formule qui encore aujourd’hui est criante de vérité : « une théorie, une pensée ou une idée, n’est valable que si elle est confirmée par le réel ». Aujourd’hui combien de politiciens ou de journalistes présentent des idées comme novatrices ou progressistes alors que dans la réalité elles ne causent que désordre, déséquilibre et autres troubles.

Ce besoin de fougue qui caractérise les grands Hommes et les grandes civilisations, est aussi vrai chez les Maghrébins : c’est le cas avec la célèbre tribu Amazigh des Lamtunas (2) qui vivaient dans le dur Sahara et devaient supporter les pires privations. Au Moyen-Âge, ces derniers ont souhaité mettre en pratique leurs idées dans un Maghreb morcelé et affaibli. Cela a abouti à la création de la première dynastie musulmane Amazigh qui unifiera le Maghreb, vaincra les Royaumes du Ghana en Afrique et d’Espagne en Europe et fera de leur Empire le plus puissant du monde. Tout cela à partir de sept hommes qui avait eu la folie de penser pouvoir changer le monde.

Ces derniers ne se sont pas contentés de discuter dans une pièce de grande réforme et de rester attentiste, comme le font beaucoup de gens aujourd’hui. Il n’y a qu’à voir les chaînes de télévisions du Maghreb ou des pays musulmans : que de débats stériles, de discussions interminables où chaque intervenant veut avoir raison et peu importe où se trouve la vérité.

La léthargie que connaît aujourd’hui le Maghreb est en partie due au fait que son peuple n’est plus animé par un idéal censé les transcender. Faire du Maghreb une grande puissance, faire de nos villes les plus propres du monde, faire de notre économie la plus florissante… ne sont plus des objectifs mais uniquement des vœux. On le souhaite sans y mettre les efforts nécessaires : plus de réflexion, plus d’esprit critique, plus d’audace, plus de prise de risque…

On se contente de rester dans sa zone de confort et de ne penser qu’à son petit plaisir personnel. L’espoir étant parti, la notion de nation n’existe plus… ou si elle existe mais dans son pire côté : sortie de drapeau lors de confrontations sportives ou de mariages, klaxons et bruits pour des événements mineurs, troubles à l’ordre public…

L’image de nos dirigeants actuels, mous et iniques, sont en réalité à l’image d’un certain nombre de Maghrébins.

Privilégions l’action, même minime soit-elle, à la discussion.

3- Ne pas chercher à se conserver mais vouloir se développer

Il s’agit de deux notions différentes qu’il est important de bien distinguer. Si nous cherchons uniquement à nous conserver alors nous nous renfermerons sur nos acquis. Or chaque civilisation, lorsqu’elle naît, s’appuie sur un développement intellectuel, économique, militaire, scientifique… ce développement nécessite plus de travail, un dépassement de soi, un instinct de création…

Cela est possible uniquement si nous sommes intérieurement convaincu que notre but est de grandir, de se développer, d’innover et donc d’être plus fort que le autres, plus grands qu’eux… autrement dit d’avoir un esprit conquérant et non recroqueviller sur soi-même en passant son temps à lutter contre quelques choses au lieu de proposer une nouvelle chose qui améliorera notre nation et notre peuple.

Pour un homme ou une femme le développement peut s’exprimer par la volonté d’avoir des enfants et de transmettre son héritage et ses gènes. Comme le disait si bien Ibn Halon « une civilisation s’appuie sur une forte démographie ». Il ne s’agit pas du seul critère mais l’histoire nous a montré qu’aucune civilisation n’est née dans un pays sous-peuplé et vieillissant.

Au-delà de la natalité, la notion de développement est donc liée à celle de la création des choses nouvelles et innovantes. Vous, à votre échelle, ne vous contentez pas d’un quotidien de passif (métro-boulot-dodo) ; essayez de créer quelque chose, même minime, afin de faire de vous un être qui produit. Cela peut être des idées, des concepts mais aussi des objets, du commerce, des vêtements, des robots… plus notre peuple aura assimilé cette nécessité et plus notre nation grandira.

Les Occidentaux ont adopté à merveille ce concept de développement lors de la Renaissance ; après des siècles de stagnation, le monde a vu éclore de leur terre des ingénieurs, des artistes, des écrivains avec une pensée nouvelle. Leur démographie exponentielle les a poussé à explorer le monde et leurs avancées technologiques à le coloniser ; il s’agit de l’Histoire de l’humanité, ces derniers n’ont rien inventé. Cette période de développement a abouti à la grande révolution industrielle qui a fait des Occidentaux les seules nations développées de la planète.  Leur créativité et leur volonté d’évoluer accoucha d’une civilisation remarquable à bien des égards.

C’est d’ailleurs ce qu’a connu la civilisation musulmane lors du Moyen-Âge que se soit au Maghreb (Espagne et Portugal inclus), en Egypte, en Perse ou en Anatolie. Notre civilisation fut tellement dominante que la langue des sciences était devenue la langue du Coran. En effet tous les ouvrages scientifiques de renoms étaient en arabe et les savants Berbères, Turcs, Perses, Ouzbeks et autres utilisaient cette langue devenue universelle chez les différents peuples musulmans (car langue du Saint-Coran). (4)

Une observation importante à faire sur notre époque actuelle : le déclin actuel du Maghreb d’aujourd’hui et des pays musulmans en général est qu’ils ne produisent plus rien de novateurs. Même en termes de religion, les personnes censées tirer vers le haut la plèbe sont d’un immobilisme intellectuel sidérant contrairement à leurs ancêtres du Moyen-Âge.

Lorsque nous voyons l’histoire du plus célèbre élève de l’imam Ahmed, le Maghrébin Baqi U Makhlad, qui quitta Cordoue pour Bagdad dans l’unique but d’améliorer sa science religieuse. Après avoir pu l’acquérir, il retourna à Cordoue pour la diffuser ; en même d’être un savant dans le domaine religieux il l’était aussi dans le domaine profane (il travaillait) mais aussi militaire où il partait en expédition pour freiner la Reconquista. Rien à voir un certain nombre « d’érudits » d’aujourd’hui qui ne se limitent plus qu’aux livres, à la théorie et à la discussion.

4- La virilité est  pour l’homme la plus grande des vertus

Ce que nos ancêtres désignaient comme « rajel » ou « aryaz/argaz » résumerait ce paragraphe. En effet, ces termes en arabe (rajel) ou en tamazight (aryaz/argaz) désignent l’homme dans toute sa splendeur ; le mâle alpha qui fait cruellement défaut dans cette nouvelle société qui veut effacer toutes différences entre les sexes.

Friedrich Nietzsche, philosophe du 19e siècle qui voulait remettre au goût du jour la virilité des Grecs de l’Antiquité, a dit cette phrase qui est d’une grande profondeur : « notre société essaie de rapprocher les hommes et les femmes (c’est-à-dire les rendre identiques) jusqu’au point où ils ne pourront plus s’aimer ».

De tout temps, la virilité était associée au succès et à la réussite. Dans l’histoire de l’Humanité, aucune nation n’a promu des hommes physiquement faibles, ne sachant pas se utiliser leur corps et leur intelligence et vivant sous le joug de l’esclavage ou de la soumission (à un patron, une institution ou à la bien-pensance).

Chaque société s’appuie donc sur deux jambes : les hommes et les femmes. Ces derniers sont complémentaires et doivent se tirer mutuellement vers le haut.

Un vrai « rajel » ou « aryaz » est un homme qui prend soin de sa femme, la protège, l’honore et se sacrifie pour elle et ses enfants. Il cherche le savoir et la connaissance constamment ; il peut vous parler philosophie et politique tout en étant capable de se battre pour défendre son honneur et d’être courageux face au danger. Il reste poli en toute circonstance, s’habille de manière distinguée et propre tout en gardant un esprit animal de survie.

Cet homme entretien donc son physique tout comme ses idées ; les Grecs disait qu’un esprit sain ne peut résider que dans un corps sain, c’est-à-dire solide et fort. C’est aussi le « gentilhomme » que les Français, au sommet de leur puissance, désignaient. (3)

Les Maghrébins, avec les civilisations qu’ils ont bâti tel que Carthage durant l’Antiquité ou les dynasties musulmanes au cours du Moyen-Âge ont toujours mis en avant cette philosophie ; le monde nous envie des hommes tels que Hannibal Barca, Tarik U Zyad ou Youssef U Tachfin. Encore aujourd’hui cette notion d’homme viril que nous venons de définir est très présente chez nos anciens mais se perd malheureusement avec notre jeunesse.

Une civilisation a besoin d’hommes virils, visionnaires et entreprenants pour réussir. Les Grecs disaient cette maxime d’une vérité à couper le souffle : « nous avons le physique de nos idées ». A votre échelle, imposez-vous d’être toujours, dans vos actes, en accord avec vos idées.

Etre viril c’est aussi défendre les femmes dans le sens le plus noble c’est-à-dire vouloir leur réussite, et leur développement. Une civilisation ne peut émerger sans des femmes pour la bâtir.

Références :

(1) courant philosophique qui défend l’idée que le bonheur de l’être humain dépend de valeurs basées sur la discipline, l’effort et le travail sur soi. Son inventeur est le philosophe Grec Zénon de Kition mais les lecteurs d’aujourd’hui sont plus familiers avec les écrivains Romains tels que Sénèque et Marc Aurèle qui ont démocratisé ce courant de pensée.

(2) parmi les ouvrages de Sénèque à lire :

« Sur la brièveté de la vie »

« Apprendre à vivre »

« La vie heureuse »

(3) nous vous recommandons les écrits de l’écrivain français La Rochefoucauld sur le sujet

(4) nous vous conseillons de visiter la section des arts Islamiques du Musée du Louvres, à Paris, qui présentent le génie créatif des différents peuples musulmans et qui montrent l’avance considérable qu’ils avaient sur leurs contemporains Occidentaux.

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