Tarik Uw Ziyad : le Maghrébin qui changera le cours de l’histoire

1 – Situation de la péninsule Ibérique au 7e siècle

La chute de l’Empire Romain qui dominait toute l’Europe Occidentale va donner lieu à un redécoupage des cartes.

Rome chuta suite à l’invasion de puissantes et nombreuses tribus Germaniques qu’elle ne pouvait plus contenir. Sur la péninsule Ibérique (Espagne et Portugal actuel), la tribu Germaine des Wisigoths s’installa.

Les Wisigoths prirent de force les terres aux peuples autocthones, les Ibères. Une longue résistance de ces derniers sera vaincu et la colonisation de la péninsule sera totale.(3)

Pilliages, viols et massacres accompagneront cette conquête.

Malgré que les Wisigoths se convertiront au Christianisme, les tensions communautaires resteront vives étant donné les injustices et les inégalités criantes. La redistribution des terres en est l’exemple le plus marquant : les Wisigoths étaient devenus les seuls propriétaires terriens et les paysans Ibères, dépossédés de leur bien, étaient cantonnés à travailler comme simples ouvriers agricoles.

Une autre division encore plus importante va naître : certains Chrétiens désireux de suivre le Pape adopteront la doctrine trinitaire suite au concile de Nicée.

Ce concile, qui a eu lieu en l’an 325 après J-C avait pour objet de mettre fin aux divergences entre Chrétiens sur la nature de Jésus. Il obligea tous les Chrétiens à considérer Jésus comme un être à la foi divin et humain.(3)

Beaucoup de Chrétiens refusèrent ce diktat et s’opposèrent au Pape qui les excomunia. Selon eux Jésus était un homme et envoyé de Dieu.

En Ibérie ce courant Chrétien fut important et jouera un rôle stratégique dans la conquête musulmane.

Ils verront dans l’Islam une vision du Christ similaire à la leur et verront les musulmans comme des protecteurs face aux persécutions du Pape et de ses partisans.

Enfin, la communauté juive d’Ibérie fut fortement persécutée par les Wisigoths à cause de sa foi. Elle verra dans le système de protection des minorités religieuses en Islam (statut de Dhimmi c’est à dire de protégé) une aubaine.(4)

Car contrairement aux inepties que l’on peut entendre aujourd’hui sur les plateaux TV, en Islam les minorités religieuses sont protégées par l’armée musulmane qui doit combattre tout ennemi les menaçant.

Autrement dit les musulmans ont obligation de protéger les Chrétiens et les Juifs vivant sous leur autorité.

De plus, les minorités sont exonérées de l’impôt de la Zakat. En contrepartie, pour participer à la vie commune, elles paient un impôt, la Jizya.

La Jizya est d’un point de vue historique inférieure à la Zakat payée par les musulmans.

Pour conclure cette partie, nous voyons que l’Espagne et le Portugal du 7e siècle sont sous domination Germanique. Les antagonismes éthniques et religieux sont importants du fait de l’injustice exercée par les colons Germains.

En aucun cas la péninsule Ibérique n’était une terre indépendante et unie qui subira l’invasion de hordes musulmanes d’envahisseurs comme le tentent de le dire certains nouveaux historiens d’aujourd’hui guidés non pas par l’objectivité mais par leur idéologie.

L’arrivée de Tarik Uw Ziyad en Espagne et au Portugal sera donc perçue comme une libération et de nombreux Chrétiens et Juifs la rendront possible. Ce sera l’objet de notre deuxième partie.

 

2- La situation du monde musulman et du Maghreb au début du 8e siècle

À cette époque le monde musulman ne constitue qu’un seul et même Etat allant du Maghreb à l’Asie centrale. Il est dirigée par une famille Arabe originaire de La Mecque : les Omeyyades.(1)

Ces derniers vont mettre fin à la période des Califs bien guidés et transformer le pouvoir en monarchie héréditaire.

Ils nommeront comme principaux chefs de province des membres de leur famille.

Celui du Maghreb sera Musa ibn Nusayr.

Ce dernier s’appueira sur des gouverneurs locaux Berbères pour administrer la région.(6)

L’un d’eux Tarik Uw Ziyad, est gourverneur de la province de Tanger.(2)

Il est Amazigh et serait de la grande confédération des Zénètes, du moins c’est ce qu’affirment certains historiens comme Ibn Khaldoun (5) ou encore le géographe al-Idrissi.

Il sera avec d’autres Imazighen, tels Tarif ibn Malik et Munuza, l’un des principaux acteurs de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique.

Car avant de lancer l’offensive, il s’informera de façon minutieuse sur la situation politique en Ibérie.

Des émissaires Chrétiens lui transmettront leurs griefs contre la colonisation sans partage qu’ils subissaient de la part des Wisigoths.

Prudent, Tarik décidera d’envoyer quelques éclaireurs en toute discrétion dans le Sud de l’Espagne.(1)

Cette mission sera confié à son bras droit, Tarif Uw Malik, soldat Amazigh chevronné. En l’an 710, Tarif accompagné de 500 hommes, traversera la méditerannée et débarquera sur une plaine qui porte encore aujourd’hui son nom : la ville de Tarifa.(1 et 2)

Ces derniers exploreront le Sud de l’Espagne et iront jusqu’à Algeziras où ils seront accueullis chaleureusement par les Chrétiens Ibères.

À son retour, Tarif informera Tarik que les conditions étaient réunies pour défier les redoutables Wisigoths.

3- Tarik Uw Ziyad, conquérant de la péninsule Ibérique

Le grand débarquement aura lieu le 30 avril 711, au début du printemps, dans la baie d’Algésiras (alors appelé Iulia Traducta), avec une armée composée de 7 000 Imazighen et de 35 Arabes. (2 et 7)

Comme le souligne l’historien Espagnol Joseph Pérez : « parmi les envahisseurs de 711, les Arabes proprement dits étaient une infime minorité (…) la majorité était formée de Berbères. (…) C’est pourquoi les Espagnols, pour évoquer la domination musulmane, préfèrent parler de Maures, c’est-à-dire de Maghrébins.»[8]

Les conquêtes musulmanes d’Europe se feront quasi exclusivement par des soldats Imazighen du Maghreb.

Tariq Uw Ziyad installera une base militaire sur un rocher au Sud de l’Espagne qui lui permettra d’avoir une vue panoramique sur la région. Ce rocher porte encore aujourd’hui son nom : Gibraltar
(Jebel Tariq, « Montagne de Tariq » en Arabe).

Après le débarquement, Tarik va brûler ses navires et tenir un discours, devenu célèbre, à ses soldats :

« Ô gens, où est l’échappatoire ? La mer est derrière vous, et l’ennemi devant vous, et vous n’avez à part Dieu que la sincérité et la patience […] » (2)

 

4 – La bataille de Guadalete

Le roi Wisigoth Rodéric ne peut pas réagir immédiatement à l’arrivée des troupes Berbères car il est en campagne militaire dans le Nord du pays à Pampelune, pour mettre fin à une rebellion.(8)

C’est seulement après avoir constaté que les forces Wisigoths mobilisées au Sud de la péninsule sont impuissantes contre Tarik que Rodéric décide de marcher contre lui.

Les troupes commandées par Rodéric sont énormes : entre 60 000 et 100 000 Germains aguerris à la guerre et dont les ancêtres avaient détruit l’Empire Romain.(1 et 9)

Tariq Uw Ziyad obtiendra le renfort de 5 000 Berbères supplémentaires soit une armée de 12 000 hommes. Ces derniers seront donc sept fois moins nombreux mais ils ne reculeront pas.

La bataille aura lieu à la fin de juillet 711 à Guadalete.

Les soldats Imazighen remporteront une victoire comme rarement une armée le fit au cour de l’histoire.

Le roi Rodéric est tué lors de la bataille. La plupart des nobles Wisigoths y périssent également. C’est la fin brutale de l’Hispanie Wisigothe.

Tarik récoltera un grand butin, Rodéric ayant voyagé luxueusement, avec le faste et les richesse des rois Wisigoths depuis Leovigildo, imitant le faste et la richesse de la cour des Empereurs Romains.

Cette victoire sera célébrée dans toutes les provinces musulmanes et le nom de Tarik Uw Ziyad sera associé à celui des plus valeureux héros.

 

5 – La conquête totale

Après cette victoire à Guadalete, Tarik prendra Séville en 711après un siège d’un mois.

Séville était importante parce que cette ville était la capitale de la province Wisigothe d’Hispalis et les musulmans empêcheront ainsi toute contre-attaque coordonnée provenant de cette région.

Puis se sera au tour de Tolède qui permettra aux conquérants de mettre la main sur le mythique trésor royal Wisigoth, le butin le plus important de tous les royaumes Germains, fruit, entre autres, du sac de Rome de 410.

Cette capture privera les Germains de tout moyen financier, et lui portera un coup psychologique terrible : c’était la première fois qu’un tel trésor était capturé.

En deux ans, toute la péninsule Ibérique sera conquise par Tarik Uw Ziyad.

Cette rapidité ne fut possible que par le soutien logistique considérable des Chrétiens Ibères qui étaient persécutés par les Wisigoths ainsi que de la communauté juive d’Espagne. (1 et 2)

Car il était impossible pour une armée de 12 000 hommes de prendre le contrôle d’un territoire peuplé par plusieurs millions d’habitants hostiles.(10).

Et c’est cette vérité historique que des éditorialistes notamment tentent de travestir sur des plateaux TV avec des journalistes complaisants.

 

6 – Al-Andalous : une terre profondémment liée au Maghreb

De par sa proximité mais aussi l’armée qui l’a conquise la péninsule Ibérique restera liée au Maghreb.

Notamment lorsque la Reconquista fera rage, les Européens musulmans devenus ultra-majoritaire sur la péninsule Ibérique, feront appel à leurs voisins Imazighen pour contrer leurs ennemis.(11)

En quelques décénies naîtra une nouvelle société musulmane Européenne. Ces Européens convertis seront appelés les Andalous.

La présence Berbère et Arabe continuera également d’exister durant cette période faste de la civilisation islamique où les sciences et les arts y seront developpés.

Photo de l’article : un des nombreux palais construit par les Musulmans d’al Andalous.

Références :

1: « La conquête de l’Espagne » aux éditions Ribat
2 : « Tariq ibn Zyad et la conquête de l’Andalousie » aux édition al-Bayyinah
3 : Georges Labouysse, Les Wisigoths, p. 41 à 43
4 : Bruno Dumézil, « Les conversions forcées ont-elles existé ? », L’Histoire no 325, novembre 2007, p. 69-73
5 : « Les origines des Berbères » d’Ibn Khaldoun, tome 1
6 : Georges Bohas, « Mūsā Ibn Nusayr 640-716/17) », Encyclopædia Universalis,
7 : André Clot, L’Espagne musulmane, éd. Perrin, Paris, 2004, p. 19
8 : Thomas F. Glick, Islamic And Christian Spain in the Early Middle Ages, BRILL, 2005
9 : Routledge Library Editions: Muslim Spain, Routledge, 1er juillet 2016
10 : Conférence sur « le désordre mondial » de R.Garaudy : https://youtu.be/jLbATnDzUDo
11 : « le sultan du Maghreb » aux éditions Ribat

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