Cheikh Bouamama : l’homme qui unifia Algériens et Marocains contre le colonialisme

1- Naissance d’une légende

Au 19e siècle, durant plus de 27ans la France combattra un homme et ses troupes et subira de lourdes pertes. Cette résistance fut la plus longue enregistrée dans toute l’Afrique du Nord contre les invasions Européennes.

Le nombre de ces hommes fut dérisoire comparé aux troupes coloniales (seulement 60 000 résistants contre des centaines de milliers de français envoyés durant ces trois décennies).

Cet homme, considéré comme une légende au Maghreb n’était pourtant pas prédestiné à entrer dans l’histoire de cette manière, lui qui fut un étudiant en religion et un pratiquant ascète. Cet homme à un nom : Mohamed Ben Larbi plus connu sous son nom de guerre « Cheikh Bouamama » autrement dit l’homme au turban. Ce surnom vient du turban qu’il portait constamment et que l’on appelle dans son dialecte « Hamama » ( عمامة).

Il est issu de la tribu algérienne des ouled sidi cheikh qui sont originaire de l’Ouest Algérien, dans l’oasis de Moghrar près de Béchar et Naama. Cette localité désertique est frontalière avec le Maroc si bien que la tribu de Cheikh Bouamama, reconnue pour son commerce de bijoux et de burnous, est située des deux côtés de la frontière.

Son père s’installera d’ailleurs au Maroc, dans la ville frontalière de Figuig et y fera prospérer ses activités entre les deux pays frères. C’est au Maroc que la légende Bouamama va naître.

 

2- Les causes de la résistance du Cheikh Bouamama

L’arrivée des troupes françaises en Algérie fut très mal accueillie et de nombreuses révoltes eurent lieu dans l’Ouest algérien entre 1864 et 1880 notamment par Si Maamar. Le centre et l’Est du pays connurent également des soulèvements par le Cheikh Moqrani et les Aït Abbas.

Ensuite il tira profit de la situation économique catastrophique que provoquèrent les mesures d’interdiction de déplacement que les autorités françaises ordonnèrent contre les habitants, notamment dans l’Ouest où les populations vivaient principalement de l’élevage de bétails. On estime à plus de 80% de perte de cheptel dans toute la région.

Enfin, la volonté d’établir un poste militaire français fut la dernière goutte d’eau qui déclenchera les opérations.

 

3- L’insurrection du Cheikh Bouamama

Dans ce contexte de tension, le Cheikh Bouamama organisa son action révolutionnaire minutieusement et avec discipline. Tout d’abord il usa de sa position d’homme de religion pour unifier plusieurs tribus autour de la même bannière : celle de la lutte contre les conquérants chrétiens. Cette union concernera  toutes les régions frontalières avec le Maroc mais aussi tout l’Ouest Algérien avec les populations de la cité Berbère de Tiaret (qui signifie la lionne en Tamazight) et du Sahara.

Ensuite il organisa son armée en formant ses troupes à la tactique et en la divisant en deux corps : les fantassins et la cavalerie.

Le 22 avril 1881, un Lieutenant Français, chef du bureau arabe de bayadh ainsi que quatre de ses gardes Saphis (troupes d’origine Ottomane ayant, après l’arrivée des français, collaboré avec les nouveaux conquérants dans le maintien de l’ordre) sont assassinés.

Cet officier ne fut pas choisi au hasard ; il essayait de mettre fin à la prédication du Bouamama dans la région.

La première grande bataille aura lieu à Sfisifa dans le Sud-Ouest Algérien, en plein désert, dans un endroit hostile aux troupes coloniales et bien choisit par Bouamama. La bataille se soldera par une écrasante victoire des Algériens. La deuxième bataille située plus au nord dans la région de Tiaret donnera le même résultat.

Le cheikh Bouamama mènera également des opérations de sabotage contre les moyens de télécommunications de l’armée française afin de ralentir leurs déplacements.

Les défaites se succédant, les troupes françaises vont obtenir de nombreux renforts ce qui va obliger le Cheikh Bouamama à se replié au Maroc dans la ville de Figuig où l’armée française va le poursuivre. Le 16 avril 1882 a lieu au Maroc, près de Tighri une nouvelle bataille et une nouvelle victoire de insurgés algériens avec l’assistance des tribus marocaines de la région.

Face à cette situation hors de contrôle, le général français Soucié fait part au gouvernement de la situation et demande que la France fasse pression sur le Sultan du Maroc pour qu’il expulse Cheikh Bouamama.

Ce dernier va se rendre plus au Sud dans le Sahara algérien et réussir à rallier bon nombre de Touareg.

Les autorités Françaises vont alors changer de stratégie et lui proposer une paix négociée avec des avantages matériels en contrepartie pour qu’il se rallie à leur cause mais cette offre sera refusée par le Cheikh qui continuera sa résistance. Il reviendra au Maroc dans la région d’Oujda.

 

4 – Les conséquences de la révolte de Cheikh Bouamama

L’objectif principal de cette résistance à savoir chasser le colonisateur français ne fut pas achevée néanmoins elle ralentira sa progression.

La violence des affrontements et les pertes humaines considérables durant ces trois décennies de guerre amenèrent les autorités françaises à proposer des paix négociées aux insurgés.

Enfin, cette révolte montrera le caractère secondaire de la frontière algéro-marocaine où les populations sont de part et d’autre identiques racialement et culturellement. Le Maroc fut non seulement une base arrière pour le Cheikh Bouamama mais aussi un soutien militaire avec l’intervention des habitants Marocains de Tighri lors de l’incursion de l’armée française.

Parfois dans la vie l’essentiel n’est pas de battre mais de combattre et c’est ce qu’a fait cette légende du Maghreb durant toute sa vie. Aujourd’hui nous pouvons qu’être fiers d’avoir eu comme ancêtre des hommes de cette trempe.

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